Numéros 34, 35, 36

Pour chaque n° : présentation de la table des matières, de l’éditorial et des résumés (français, anglais, espagnol à partir du n° 2)


n° 34 – note de synthèse :

Autour de « l’Économie du savoir » :
ses composantes, ses dynamiques
et ses enjeux

Jean-Pierre Bouchez

revue Savoirs couverture n34Table des matières
Éditorial – Pierre Caspar
Note de synthèse
Jean-Pierre Bouchez, Autour de « L’économie du savoir » : ses composantes, ses dynamiques et ses enjeux
Articles de recherche
• Corinne Baujard, Savoir(s) et apprentissage : comment apprécier l’intelligence organisationnelle ?
• Claire Duchesne et Nathalie Gagnon, Des stratégies pour le développement et le maintien du sentiment d’efficacité personnelle en tant que formateurs d’adultes
Notes de lecture

– Claude Dubar (en collaboration avec Vanilda Paiva et Alvino Andrade Macuxi) (2012). Le secret d’Alvino : récits de vie d’un Indien du Brésil
– OCDE (2010). Comment apprend-on ? La recherche au service de la pratique
– Véronique Bedin et Laurent Talbot (dir.) (2012). Les points aveugles dans l’évaluation des dispositifs d’éducation ou de formation
– Dominique Kern (dir.) (2013). Formation et vieillissement. Apprendre à se former après 50 ans : quels enjeux et quelles pertinences ?
Vie de la recherche
Les thèses en formation d’adultes

Auteurs dans ce numéro : Jean-Pierre BOUCHEZ, Corinne BAUJARD, Claire DUCHESNE, Nathalie GAGNON

Éditorial

Times are changing…
Au commencement, nous avons pris conscience du développement d’une nouvelle culture susceptible de changer profondément nos façons de penser, de travailler et de vivre. « Une société de l’information » en est née. Nous avons ensuite vécu l’émergence d’une « société cognitive », considérée par l’Union Européenne comme une façon de faire face à la mondialisation, à l’accélération foudroyante des apports des sciences et des technologies, à la multiplication des réseaux et à l’apparition d’apprentissages autonomes. Nos propres rapports avec les savoirs, leur création et leurs usages ont changé au point d’imaginer une nouvelle société, la « société de la connaissance ». C’est une généreuse utopie européenne, une société « ouverte en permanence et en tous lieux, à tous et à tous les savoirs » ; y compris « les savoirs en miettes » que la rapidité du numérique nous laissait croire en faire partie. Une utopie aide à vivre. Celle-ci a joué au sein de l’Union un grand rôle, souvent sous- estimé. Mais les objectifs et les valeurs ont beaucoup changé lorsque cette société a été transformée entre « une économie de la connaissance » voulue la « plus compétitive au monde ». Il suffirait d’y ajouter la financiarisation à tous niveaux pour construire et devenir une « économie du savoir », voire une « économie fondée sur le savoir ».

Le savoir à portée de la main ? À maints égards nous y sommes, comme nous ne l’avons jamais été. Mais aujourd’hui les mains sont pleines de bien d’autres éléments, de bien d’autres visions que nous allons retrouver dans ce numéro 34.
Il n’est bien sûr pas question de tenter ici une synthèse de la « note de synthèse » et des textes qui la suivent. Nous allons très vite étudier et com- prendre les composantes de l’économie du savoir (savoir, finances, techno- logie de l’intellect et territoire). Puis leurs liaisons interactives qui constituent la dynamique du système.
En revanche face à l’amplitude et à la complexité de cette analyse, nous pouvons nous demander ce qui peut avoir un impact direct sur nous ; en particulier lorsque ‘on exerce les « métiers du savoir » chers à Jean Pierre Bouchez. En voici simplement trois exemples :

  • – Comme il est dit dans la note, la marchandisation et la privation du savoir qui vont croissant et tous les gains ou appropriations que l’on 7peut faire en retour, constituent aujourd’hui le plus grand des « risques associés ». L’acquisition financière, officielle ou occulte, de brevets ou de droits de propriété, la valorisation des actifs incorporels, ou encore leur mise sous monopole en font partie aux fins de ce qui devient une économie de marché. Sur un autre plan, la quête ou le rapt des savoirs et de celles et ceux qui le détiennent, peuvent conduire à des profits beau- coup plus rapides et beaucoup plus conséquents que ceux qu’apportent les organismes de recherche. Les savoirs stratégiques et les personnes qui les portent, se vendent, s’échangent et s’achètent. Parfois tous les moyens sont bons.
  • – L’accès aux savoirs, la capacité de les construire et d’en faire usage soulèvent un lourd problème, de l’ordre de l’équité et des rapports de pouvoir. Les ressources énergétiques, financières et logistiques, le degré d’éducation n’en sont pas les seules variables ; des choix politiques délibérés peuvent jouer un rôle de restriction au niveau de tout un pays.
  • – Reste à vérifier ce que l’on met réellement dans un « savoir ». Car la majorité des éléments obtenus sur le web sont des données ou des informations ; ou un fatras de références quasiment inexploitables faute de savoir les mettre en ordre, les structurer, les prioriser pour leur donner du sens face à ce que l’on recherche et à ce que l’on est. Dans l’esprit des externalités de connaissances évoquées par JP Bouchez, il y a une extériorité du savoir. C’est une extraction d’un gisement d’informations. C’est aussi le temps passé à la cerner, à l’analyser, à la construire. Le savoir n’est pas le résultat d’un clic, c’est avant tout une pensée.

C’est aussi dans cette partie invisible de l’économie du savoir, dans cette société de l’immédiateté et des rapports constants entre savoirs et pouvoir que nous vivons. Il nous reste souvent à apprendre à y naviguer et à s’y protéger.

Pierre Caspar

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Articles de recherche

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Corinne Baujard
Maîtresse de conférences HDR, Université d’Évry Val d’Essonne, Directrice Département Gestion/AES.

Savoir(s) et apprentissage : comment apprécier l’intelligence organisationnelle ?

Résumé : Dans un contexte où les entreprises sont soumises à des pertes de savoirs professionnels, la formation est confrontée à la transformation des environnements d’apprentissage. Ses dispositifs, plus ou moins formalisés, révèlent la difficulté de la transmission en raison de la nature tacite des enjeux. L’intelligence organisationnelle revêt aujourd’hui une dimension variable en raison de nombreux départs des salariés (retraites, démissions et licenciements). Comment la définir ? Comment repérer et opérationnaliser ce concept afin de mieux l’appréhender au sein des entreprises ? À partir d’une étude de cas exploratoire menée auprès d’un groupe international dans le secteur industriel, un cadre théorique en train de se réaliser est pro- posé pour transformer les décisions en problèmes scientifiques, expliciter les éléments et proposer des solutions. Si comprendre c’est inventer (Piaget, 1972), l’intelligence organisationnelle émerge selon une stabilisation de pra- tiques régulières entre des acteurs organisés. Dans ce contexte, la formation accueille de nouveaux espaces de savoirs professionnels avec une démarche propre qui mobilise l’action collective d’apprentissage.
Mots clés : Apprentissage, théorie de l’activité, contexte technologique, transmission des savoirs, intelligence organisationnelle

Knowledge (s) and learning: How to assess organizational intelligence?

Abstract: In an environment where companies are subject to a loss of professional knowledge, education is faced with the transformation of learning environments. Its more or less formalized features reveal the difficulty of the transmission due to the tacit nature of the issues. Organizational intelligence is now of a variable dimension because of many employee departures (retirement, resignations and dismissals). How to define it? How to identify and operationalize this concept in order to better understand its role in business? On the basis of an exploratory case study conducted by an international group in the industrial sector, a theoretical framework under construction is proposed to turn decisions into scientific issues, explain the factors, and propose solutions. If understanding is to invent (Piaget, 1972), organizational intelligence emerges through a stabilization of regular practices between organized actors. In this context, education welcomes new areas of professional knowledge with a specific approach that mobilizes a collective learning action.
Keywords: Learning, activity theory, technological, knowledge transfer, organizational intelligence

Conocimiento (s) y aprendizaje: ¿Cómo entender la inteligencia organizacional?

Resumen : En un ámbito en el que las empresas se ven sometidas a la pérdida del conocimiento profesional, el campo de la formación de adultos se enfrenta a la evolución de los entornos de aprendizaje. Sus dispositivos más o menos formalizados muestran lo difícil que es la transmisión dado el carácter tácito de lo que está en juego. Hoy en día la inteligencia organizacional cobra una dimensión variable en función de numerosos casos de cese de actividad (jubilación, renuncias, despidos de empleados). ¿Cómo definirla? ¿Cómo identificar y hacer operativo este concepto con el fin de comprenderlo mejor en el contexto empresarial? A partir de un estudio de caso exploratorio llevado a cabo en un grupo internacional del sector industrial, se ha propuesto un marco teórico en vías de elaboración con el fin de contribuir a la transformación de decisiones en problemas científicos, a la explicación de los factores y a la propuesta de soluciones. Si entender es inventar (Piaget, 1972), la inteligencia organizacional surge según una estabilización de las prácticas habituales entre actores organizados. En este contexto, la formación de adultos alberga la creación de nuevas áreas de conocimiento profesional con un enfoque particular de aprendizaje que contempla la acción de aprendizaje colectivo.
Palabras claves : aprendizaje, teoría de la actividad, la transmisión de conocimientos tecnológicos, la inteligencia organizacional

Claire Duschesne
Nathalie Gagnon
Professeure agrégée à la Faculté d’éducation de l’Université d’Ottawa
Doctorante et professeure à temps partiel à la Faculté d’éducation de l’Université d’Ottawa

Des stratégies pour le développement et le maintien du sentiment d’efficacité personnelle en tant que formateurs d’adultes

Résumé : Les conseillers pédagogiques ont entre autres pour fonction d’assurer la formation continue et l’accompagnement pédagogique des enseignants. Leur travail présente de nombreux défis, dont ceux de construire leur compétence et d’assurer leur crédibilité en tant que formateurs d’adultes auprès des membres du corps enseignant duquel ils sont eux-mêmes issus. Lors d’entretiens semi-dirigés, onze conseillers pédagogiques à l’emploi d’un conseil scolaire de l’Ontario, au Canada, ont mis en lumière les stratégies par lesquelles ils parvenaient à développer et à maintenir leur sentiment d’efficacité personnelle en tant que formateurs d’adultes. Au cours de cet article, les stratégies relationnelles, de gestion du travail et d’attitude qui ont émergé d’une analyse inductive des données seront discutées.
Mots clés : Sentiment d’efficacité personnelle, conseillers pédagogiques, stratégies de développement et de maintien

Strategies for Developing and Maintaining Self-Efficacy as Adult Educators

Abstract: One role of teacher consultants is to provide continuous training and educational support to teachers. Their work presents numerous challenges, including building their skills and ensuring their credibility as adult educators among their former teacher colleagues. In semi-directed interviews, 11 teacher consultants employed by a school board in Ontario, Canada, discussed their strategies for developing and maintaining their self-efficacy as adult educators. This article also focuses on relationship strategies, work management and attitudes that emerged from an inductive analysis.
Keywords : Teacher consultants, self-efficacy, development and mainte- nance strategies, adult educators

Estrategias para desarrollar y mantener un sentimiento de eficacia personal como formadores de adultos

Resumen : La función de los asesores pedagógicos, entre otras, es asegurar la capacitación continua y el acompañamiento pedagógico de los docentes. Su trabajo presenta numerosos desafíos, como el de desarrollar la competencia profesional de los docentes y garantizar su credibilidad como formadores de adultos ante los miembros del cuerpo docente del cual ellos mismos forman parte. Durante una serie de entrevistas semiestructuradas, once asesores pedagógicos que integran una junta escolar de Ontario, Ca- nadá, destacaron las estrategias que les permitían desarrollar y mantener un sentimiento de eficacia personal como formadores de adultos. A través de este artículo, se evalúan las estrategias relacionales, de gestión del trabajo y actitudinales derivadas de un análisis inductivo.
Palabras claves : Asesores pedagógicos, sentimiento de eficacia personal, desarrollo y mantenimiento de estrategias, capacitadores de adultos

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n° 35 – note de synthèse :

L’éducation thérapeutique du patient :
champ de pratique et champ de recherche

Catherine Tourette-Turgis et Joris Thievenaz

couv_savoirs_n35Note de synthèse
Catherine Tourette-Turgis et Joris Thievenaz, L’éducation thérapeutique du patient : champ de pratique et champ de recherche

Articles de recherche
• Isabelle Bosset et Étienne Bourgeois, Le soutien organisationnel à la formation : rôle « modérateur » des dispositions individuelles dans la motivation à transférer et l’engagement organisationnel
• Régine Clottu, Conceptrice et concepteur de formations à la demande : apprentissages en situation de travail et conséquences sur les dynamiques identitaires

Comptes-rendus de lecture
• Françoise F. Laot (2014) Un film comme source pour l’histoire de la formation des adultes hommes… et femmes. « Retour à l’école ? » (Nancy, 1966)
• Florent Le Bot, Virginie Albe, Gérard Bodé, Guy Brucy, et Élisabeth Chatel (dir.), (2013). L’ENS Cachan. Le siècle d’une grande école pour les sciences, les techniques, la société.
• Vincent de Brian et Dominique Glaymann (dir.) (2013). Le stage. Formation ou exploitation ?
• François Dubasque (dir.) (2013). Les écoles de formation, quels enjeux? XVIIe-XXIe siècles.
• Patricia Champy-Remoussenard (dir.) (2013). En quête du travail caché : enjeux scientifiques, sociaux, pédagogiques

Vie de la recherche
Les thèses en formation d’adultes

Auteurs dans ce numéro : Isabelle BOSSET, Etienne BOURGEOIS, Régine CLOTTU, Joris THIEVENAZ et Catherine TOURETTE-TURGIS

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Éditorial

Deux faits de société convergent pour donner toute son actualité à un nouveau champ de recherche dans la formation des adultes, celui de l’éducation thérapeutique du patient (ETP) : d’une part le vieillissement de la population suite à une hygiène de vie en constante amélioration a paradoxalement favorisé l’apparition de maladies invalidantes avec l’avancée au grand âge ; d’autre part les progrès spectaculaires des sciences médicales dans la thérapie de nombreuses maladies qui cessent d’être incurables sans pour autant amener à une rémission totale tendent à faire que ces maladies laissent des séquelles à devoir prendre en main. Ces deux faits de société réunis nous amènent à devoir sans cesse distinguer deux types de maladies, les maladies aiguës, passagères dans les troubles qu’elles provoquent, grâce aux soins prodigués, les maladies chroniques qui installent leurs effets dans la durée voire dans la permanence. Ce sont donc ces maladies chroniques qui se manifestent le plus souvent avec le vieillissement ou sont le résultat des séquelles de maladies devenues avec le progrès des soins en partie curables.

La maladie chronique dans ses régularités de manifestations comme dans sa longévité devient dans sa prise en charge très coûteuse pour l’institution soignante. Or ce qui va considérablement alléger les coûts, c’est l’engagement du patient comme acteur dans les soins dispensés et dans la façon de gérer sa maladie. Dans l’évolution de celle-ci ainsi que dans les thérapies qui lui sont liées, en développant ses capacités d’expertise, il va améliorer sa santé et diminuer le fardeau qui pèse sur l’institution sanitaire.

Ce qui vient d’être évoqué peut expliquer la promotion de l’ETP, à partir des débuts timides dans les années 1980 à l’occasion de la prise en charge des malades atteints du Sida ; cette promotion a connu des développements intensifs avec les années 2000 en voulant répondre aux deux questions suivantes : comment le formateur-soignant peut-il apprendre au patient atteint de maladie chronique à devenir autonome dans sa maladie et vis-à-vis de l’institution de soin en prenant lui-même en main la gestion du devenir de sa maladie et des soins qui lui sont attachés ? À cette première question est liée une seconde : comment le patient va-t-il gérer son autoformation de malade pour devenir expert de sa maladie et des soins qui lui sont liés ?

La présente Note de synthèse, conjointement rédigée par Catherine Tourette Turgis et Joris Thiévenaz fait le point sur les travaux qui se sont développés dans le cadre de l’espace pluridisciplinaire défini par l’ETP autour de la médecine, du soin et de l’éducation : au-delà des termes utilisés ces travaux apportent une contribution de première importance non tant à l’éducation qu’à la formation des adultes, lorsque ceux-ci sont confrontés à l’épreuve de la maladie et du soin. Cette note de synthèse est structurée en trois points ; le premier décrit le contexte historique de l’institutionnalisation de l’ETP au cours des dernières décennies ; le deuxième s’efforce d’identifier les types de pratiques qui organisent ce champ de formation très hétérogène ; le troisième, enfin, cherche à repérer les dynamiques de recherche qui, actuellement, traversent ce nouveau champ de pratiques, l’amenant à se transformer sous nos yeux.

Cette note de synthèse est suivie de deux articles de recherche, provenant de la Suisse mais indépendants de la thématique de l’ETP ; le premier rédigé par Isabelle Bosset et Etienne Bourgeois s’intéresse au soutien organisationnel visant à favoriser l’investissement des acquis de la formation dans l’entreprise de la part de collaborateurs d’entreprise, devenus momentanément stagiaires en formation et s’engageant dans une formation externe à l’entreprise et donc disposés ou pas à réinvestir leurs acquis de la formation sur leur lieu de travail. Le second écrit par Régine Clottu porte sur des formateurs d’enseignants et leur travail de formation-conception, en réponse à une demande de formation venant des professionnels de l’enseignement : comment donc transformer une demande enseignante marquée par la formation initiale en offre de formation continue pour adultes, de quels enjeux identitaires est porteuse cette transformation pour les formateurs eux-mêmes ? Si la Note de synthèse à propos de l’ETP s’intéresse simultanément au formateur, plus précisément au soignant-formateur et au stagiaire, le stagiaire-malade, chacun des deux articles que nous venons de présenter prend un point de vue bien délimité et contrasté, le premier s’intéresse au formateur vis-à-vis de la commande qui lui est passée, le second se centre sur le stagiaire en formation vis-à-vis de l’organisation qui l’emploie.

Bonne lecture.
Jean-Pierre Boutinet

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Articles de recherche

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Isabelle Bosset, Étienne Bourgeois
• Assistante-doctorante dans l’équipe Formation & Organisation dirigée par le prof. Étienne Bourgeois.
• Professeur à l’université de Genève

Le soutien organisationnel à la formation : rôle « modérateur » des dispositions individuelles dans la motivation à transférer et l’engagement organisationnel.
Le cas d’apprenants adultes en formation continue universitaire en Suisse romande.

Résumé : Cette contribution concerne les conditions qui font qu’un collaborateur ayant suivi une formation externe à son entreprise4 sera disposé, ou non, à réinvestir les acquis de celle-ci en situation de travail. Dans l’étude présentée ici, menée auprès de collaborateurs dans diverses entre- prises suisses romandes inscrits dans un programme de formation continue universitaire en GRH, nous nous intéresserons plus particulièrement aux interrelations entre soutien organisationnel perçu et dispositions individuelles, ainsi qu’à leur impact sur la motivation à transférer et l’engagement organisationnel. Les résultats mettent en évidence que quatre configurations d’interrelation entre ces éléments et permettent d’avancer deux hypothèses : 1) que ces différentes configurations ont des effets distincts en termes de motivation à transférer et d’engagement organisationnel ; et 2) que les dispositions individuelles modulent les effets du soutien organisationnel.
Mots clés : Soutien organisationnel perçu à la formation, buts opératoires et identitaires, motivation à transférer, engagement organisationnel.

Organizational support for training: the “moderating role” of employees’ individual dispositions in their intent to transfer and in organizational commitment. The case of adult learners in a university- based continuing education program in French-speaking Switzerland

This contribution concerns the conditions in which an employee, having taken a training program outside of his or her organization, is willing, or not, to transfer his/her newly gained skills and knowledge to the workplace. Our study focuses on employees from various companies in French-speaking Switzerland, enrolled in a university-based continuing education program in Human Resources Management. We will examine the effects of organizational factors and individuals’ dispositions, such as the perceived organizational support for training, as well as the extent to which individual factors, such as personal goals, can moderate the impact of organizational factors. The results highlight four patterns of interaction and support the following two hypotheses: 1) those patterns have effects on the intention to transfer and organizational support; and 2) individual dispositions moderate the effects of organizational support.
Keywords : Perceived organizational support of training, personal training goals, motivation to transfer, organizational commitment.

Apoyo organizativo a la formación : rol « moderador » de factores individuales sobre su intención de transferir y su compromiso organizacional. El caso de la educación de adultos en un programa de formación continua en la parte francófona de Suiza

Aquella contribution se refiere a las condiciones bajo las cuales un empleado que recibio una formación externa de su organización, está dispuesto, o no, a reinvertir las competencias recién adquiridas a su puesto de trabajo. Focalizamos aquello articulo en la percepción de apoyo organizacionala la formación, así como en la manera en la que ciertos factores individuales, como los vinculados a su identidad, pueden moderar los efectos de los factores organizacionales. Los resultados ponen en evidencia cuatro patrones de interacción entre esos factores y nos permiten sugerir dos hipótesis : 1) que estos patrones afectan la intención de transferencia y el compromiso organizacional ; y 2) que los factores individuales moderan los efectos del apoyo organizacional.
Palabras claves : Apoyo organizacional, factores individuales, intención de transferencia, compromiso organizacional.

Régine Clottu
• Docteure en sciences de l’éducation de l’Université de Genève, professeure formatrice à la Haute École pédagogique du canton de Vaud, Lausanne, Suisse.

Conceptrice et concepteur de formations à la demande : apprentissages en situation de travail et conséquences sur les dynamiques identitaires

Résumé : Des formateurs d’enseignants sont appelés à analyser des de- mandes de formation dans le contexte de la formation continue des enseignants, alors que leur activité habituelle consiste à donner des cours et des séminaires. Nous cherchons à mieux comprendre quels sont les apprentis- sages en situation de travail, plus précisément la nature de ces apprentissages, les transformations dans les pratiques, ainsi que les éléments individuels et situationnels qui semblent déterminants dans les changements observés. Cet article présente quelques éléments de deux études de cas portant sur les pratiques d’une formatrice conceptrice et d’un formateur concepteur tous les deux débutants alors qu’ils sont engagés dans un travail de conception à la suite d’une demande de formation formulée par un collectif de professionnels. Les résultats montrent que de forts enjeux identitaires sont liés à l’entrée dans ce travail de conception.
Mots clés : Formation d’adultes, apprentissages en situation de travail, dynamiques identitaires.

Creator and originator of training on demand: learning in the workplace and consequences under dynamic identity

Educators of student teachers are asked to analyze training requests in the context of continuing education for teachers, while their usual activities consist of teaching courses and seminars. We seek to better understand what is workplace learning, and more precisely the nature of this kind of learning, their transformation into practice, as well as individual and situational elements that seem determinant in the observed changes. This article presents elements from two case studies on the practices of beginning trainers-designers, engaged in training conception following a request for training made by a group of professionals. The results show that strong identity concerns are present when beginning in training design.

Creadora y creador de formación bajo demanda: aprendizajes en el lugar de trabajo y consecuencias bajo dinámicas de identidad

Los educadores de maestros están llamados a analizar de- mandas de formación en el contexto de la formación continua de maestros, aun que que su propia actividad consiste en impartir clases y seminarios. investigamos en entender mejor cuales son los aprendizajes en el propio lugar de trabajo, y más concretamente, cual es la esencia de esos aprendizajes, las transformaciones tras las prácticas, así como los elementos individuales y circunstanciales que parecen determinantes en el conjunto de cambios observados. Aquello artículo presenta ciertos elementos de dos casos praticticos de derivado de la práctica de una formadora y de un formador creadores de contenido, ambos principiantes, una vez comprometidos con un trabajo de concepción despues de una solicitud de formación formulada por un colectivo de profesionales. Los resultados muestran que las fuertes apuestas por aportar identidad, se encuentran ligadas a la entrada de la “concepción” en este trabajo.
Palabras claves : Formación de adultos, formación en el lugar de trabajo, dinámicas de identidad.

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n° 36 – note de synthèse :

Usages de la didactique professionnelle en formation : principes et évolutions

Claire Tourmen

couv_revue_savoirs_n36Note de synthèse
Claire Tourmen, Usages de la didactique professionnelle en formation : principes et évolutions
Articles de recherche
Florence Bourgoin, L’émergence des pratiques de tutorat dans l’accompagnement des bénévoles en centre social : offres de professionnalisation et dynamiques identitaires associées
Comptes-rendus de lecture
Gérard Figari et Dominique Remaud (2014). Méthodologie d’évaluation en éducation et formation ou l’enquête évaluative.
Yolande Benarrosh (2014). Les sens du travail. Migration, reconversion, chômage
CÉREQ (2014). Quand la formation continue. Repères sur les pratiques de formation des employeurs et des salariés. État des lieux à l’aube de la réforme de 2014
Vie de la recherche
Les thèses en formation d’adultes
Auteurs dans ce numéro : Claire Tourmen, Florence Bourgoin

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Éditorial

Usages de la didactique professionnelle en formation : principes et évolutions

Née en France dans les années 1990, la didactique professionnelle est aujourd’hui une discipline à part entière qui ambitionne d’analyser le travail en vue de la formation des compétences.

Elle articule un champ de pratiques, celui de la formation des adultes, et trois courants théoriques : la psychologie du développement, l’ergonomie cognitive et la didactique. L’analyse du travail vs analyse de l’activité, telle qu’elle a été développée et est opérée par ceux et celles qui se réclament de ce champ, en fait, par sa dimension réflexive, un puissant instrument d’apprentissage et un préalable à la construction de formations (ingénierie de formation), dont l’essor ne se dément pas depuis plusieurs années.

L’analyse du travail dans une perspective de didactique professionnelle répond dès lors à un double objectif : construire des contenus de formation cor- respondant à la situation professionnelle de référence ; mais aussi utiliser les situations de travail comme des supports pour la formation des compétences. Cette analyse est spécifique à la production des compétences en situation.

Les méthodes de l’analyse de l’activité sont nombreuses et s’inscrivent dans des courants de pensée spécifiques (approches historico-culturelle, psychanalytique, cognitiviste, de la cognition située, socio-constructiviste, systémique, etc.) qui prennent différentes formes : observations par immersion, questionnaires, entretiens, interviews, analyse documentaire, instruction du sosie, auto-confrontation, analyse de traces, incidents critiques, groupe de parole, analyse du cours d’action, etc. Ces méthodes sont le résultat de constructions intellectuelles et s’inscrivent à ce titre dans des orientations théoriques particulières.
Les méthodes mobilisées par la didactique professionnelle, de ce fait, n’échappent pas à son épistémologie et se centrent sur la conceptualisation des situations et le sujet en action comme nous allons le découvrir au travers la présente note de synthèse. Cette dernière se propose de faire le point sur les principes de cette approche de la formation professionnelle (et du développement des compétences) et ses évolutions récentes. Elle distinguera l’existence d’un premier type d’usage de la didactique professionnelle, qui consiste à utiliser l’analyse du travail pour construire la formation, et l’émergence récente d’un second type d’usage qui consiste à former par l’analyse du travail. Les limites en seront discutées.

Cette note de synthèse est suivie d’un article de recherche portant sur l’engagement bénévole dans les centres sociaux et ses pratiques d’accompagnement et de professionnalisation. L’auteur cherche à comprendre comment les dispositifs et les pratiques d’accompagnement des bénévoles permettent à ces derniers de se professionnaliser et, chemin faisant, de construire une identité professionnelle à la croisée de dynamiques individuelles et institu- tionnelles.

Solveig Fernagu Oudet

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Articles de recherche

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Florence Bourgoin
Formatrice en travail social, doctorante laboratoire CRF, CNAM.

L’émergence des pratiques de tutorat dans l’accompagnement des bénévoles en centre social : offres de professionnalisation et dynamiques identitaires associées

Les centres sociaux ont développé une formalisation de l’engagement bénévole qui s’accompagne d’une logique de formation, notamment via les stages de leur fédération. Les centres développent aussi des pratiques d’accompagnement des bénévoles qui s’apparentent à des démarches de « professionnalisation » sous la responsabilité d’un tuteur ; ces pratiques sont parfois complétées par des formations en interne. En quoi ces dispositifs d’accompagnement participent-ils d’une logique de professionnalisation et permettent-ils d’en articuler les dynamiques individuelles (notamment identitaires) et institutionnelles ?
Mots clés : Bénévoles, identités, professionnalisation, éducation populaire.

The emergence of the practices of tutoring in the accompaniment of the volunteers in social center: professionalization offers and associated identity dynamics

Abstract: Social centers developed a formalization of the voluntary commitment which goes along with a logic of training especially with the training courses of their federation. The centers also develop practices of volunteers’ accompaniment which are similar to initiatives of “professionalization” under a referent tutor responsibility; these practices are sometimes completed by in-house trainings. How are these accompaniment plans part of a professionalization logic and how do they allow to connect the individual (in particular identities) and institutional dynamics?
Keywords: Volunteers, identities, professionalization, popular education.

La emergencia de las prácticas de tutoría en el acompañamiento de los benévolos en centro social: ofertas de profesionalización y dinámicas identitarias asociadas

Resumen : Los centros sociales desarrollaron una formalización del compromiso benévolo que se acompaña de una lógica de formación que repone sobre todo en los cursos de su federación. Los centros desarrollan también prácticas de acompañamiento de los benévolos que se emparientan con procesos de “profesionalización” bajo la responsabilidad de un tutor; estas prácticas son a veces completadas por formaciones lo interna. ¿En qué participan estos dispositivos de acompañamiento de una lógica de profesionalización y permiten articular las dinámicas individuales (particularmente identitarias) e institucionales?
Palabras claves: Benévolos, identidades, profesionalización, educación popular.

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