Numéros 31, 32, 33

Pour chaque n° : présentation de la table des matières, de l’éditorial et des résumés (français, anglais, espagnol)

n° 31 – note de synthèse :

« La transmission intra-organisationnelle
des savoirs : 
une perspective managériale     anglo-saxonne »

Nancy Lauzon, Jean-François Roussel,
Claudie Solar, Maud Bouffard

Couverture du n° 31
Table des matières
Éditorial
Note de synthèse
Nancy Lauzon, Jean-François Roussel, Claudie Solar, Maud Bouffard, La transmission intraorganisationnelle des savoirs : une perspective managériale anglo-saxonne
Articles de recherche
Lucie Aussel, Le développement professionnel perçu des animateurs d’un dispositif d’insertion en lycée agricole
Emmanuelle Jouet, Le projet Emilia : inclusion sociale par la formation des personnes vivant avec un trouble psychique
Comptes-rendus de lecture
Pierre Naville (2012). Essai sur la qualification du travail
Bénédicte Zimmermann (2011). Ce que travailler veut dire : la sociologie des capacités et des parcours professionnels
Education permanente (2012). « L’alternance au-delà des discours », n° 190
Fabienne Maillard (dir.) (2012). Former, certifier, insérer. Effets et paradoxes de l’injonction à la professionnalisation des diplômes
Gérard de Vecchi (2011). Evaluer sans dévaluer et évaluer les compétences.
Emmanuel Quenson et Solène Coursaget (dir.) (2012). La professionnalisation de l’enseignement supérieur. De la volonté politique aux formes concrètes
Vie de la recherche
Les lieux de production de la recherche en formation d’adultes
Les thèses en formation d’adultes

Auteurs dans ce numéro : Lucie AUSSEL, Maud BOUFFARD, Emmanuelle JOUET, Nancy LAUZON, Jean-François ROUSSEL, Claudie SOLAR

Éditorial
La revue accueille dans ce numéro 31 une note de synthèse, La transmission intraorganisationnelle des savoirs, relevant d’une perspective assez peu habituelle pour les chercheurs et praticiens de la formation des adultes habitués à nous lire. Elle s’appuie en effet essentiellement sur des travaux anglo-saxons, la plupart non traduits et donc peu diffusés en francophonie, du moins en France ; elle permet en outre une incursion dans une discipline, les sciences de gestion, qui n’avait pas encore été jusqu’ici véritablement abordée dans nos colonnes. Nous la devons à une équipe pluridisciplinaire et pluri-universitaire québécoise composée de Nancy Lauzon, Jean-François Roussel, Claudie Solar et Maud Bouffard. Cette ouverture vers des terrains moins familiers répond à deux objectifs: d’une part faire connaître Savoirs au-delà de notre lectorat constitué au fil des numéros, mais aussi, et surtout, proposer un état des recherches dans un domaine très proche de la formation d’adultes, mais qui, comme le soulignent les auteurs de la note, en reste très largement indépendant.
Le passage en revue de ces travaux en sciences de gestion anglo-saxons pose un certain nombre de questions, dont la plus essentielle touche à la cumulativité des savoirs en sciences humaines et sociales et la seconde, à la communication entre les disciplines, le découpage des objets et le choix des points de vue s’avérant toujours plus ou moins compatibles entre les différentes approches.
Comment les travaux de recherche naviguent-ils d’un univers disciplinaire à l’autre? Mal visiblement… les références fondamentales des uns semblant totalement ignorées ou délaissées (pour cause d’inadéquation ?) par les autres. La lecture de cette note de synthèse amène donc un certain dépaysement culturel et, inévitablement, une interrogation sur la solidité des repères qui nous accompagnent au quotidien dans le développement de nos analyses.
Ainsi, le lecteur averti trouvera sans doute étonnant qu’encore très récemment, selon les chercheurs travaillant dans cette perspective managériale, les savoirs se transmettaient, voire se transféraient, d’un « détenteur» à un « destinataire » quasi passif. Les représentations très imagées d’un savoir qui « colle », qui se conserve dans des « réservoirs », les « capacités d’absorption » ou de « rétention » de ces mêmes savoirs par des récepteurs « novices » mettent en scène des conceptions très particulières (plutôt liquides ou pâteuses) d’un savoir extérieur aux individus, qu’on peut stocker, s’échanger et qui rapporte de l’argent. Ces conceptions très monétaires, dénoncées par Paulo Freire dans les années 1960, peuvent surprendre par leur actualisation au tournant du siècle. La vision mécaniste de la transmission semble toutefois avoir récemment évolué vers une complexité plus grande et une différenciation davantage prononcée entre savoir et information. Il n’en reste pas moins que les différentes classifications des savoirs proposées par ces chercheurs  nous invitent à relire nos propres catégories et à croiser les apports sur ce thème de différente disciplines: philosophie, psychologie, didactiques, psychosociologie, histoire des idées…
Je tiens ici à remercier les deux relectrices qui m’ont accompagnée dans le travail de pilotage de cette note de synthèse, Sandra Enlart et Véronique Leclercq. Nos échanges intercontinentaux avec les auteurs ont permis d’engager un dialogue fécond sur la base de nos interrogations.
Le numéro contient aussi deux articles de recherche. Lucie Aussel s’intéresse au développement professionnel perçu et objectivé de certaines catégories de travailleurs : les cadres et techniciens du secteur agricole : des animateurs d’un dispositif d’insertion. La méthode de recueil des données et leur analyse effectuée dans le cadre de l’évaluation d’une formation a mis en évidence l’émergence de nouvelles compétences, distinguées ici entre compétences fonctionnelles, de processus et sociales.
Emmanuelle Jouet, quant à elle, analyse un projet expérimental visant à accompagner vers l’emploi des personnes vivant avec un trouble psychiatrique. L’article est l’occasion d’interroger le concept d’empowerment et sa traduction concrète à travers des pratiques innovantes d’accompagnement, s’appuyant sur l’expérience et l’expertise des usagers eux-mêmes.
Bonne lecture.

Françoise F. Laot

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Articles de recherche

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Lucie AUSSEL
Doctorante en Sciences de l’éducation au sein de l’UMR « Éducation, formation travail et Savoirs » (UMR EFTS) à l’Université de Toulouse

Le développement professionnel perçu des animateurs d’un dispositif d’insertion en lycée agricole

Nous nous proposons d’appréhender le développement professionnel perçu d’employés d’une association spécialiste du recrutement et de l’insertion des cadres et techniciens du secteur agricole dans une situation innovante de travail. Ces professionnels ont été sollicités pour mettre en place une expérimentation sociale, une formation à destination d’étudiants inscrits en brevet de technicien supérieur agricole. La mise en place de cette expérimentation a entraîné une normalisation des pratiques modifiant le « travailler ensemble ». Des pratiques de type collaboratif ont émergé, les échanges entre les travailleurs ont augmenté. Dans ce contexte particulier de rupture de la routine professionnelle, nous questionnons la capacité d’adaptation de ces travailleurs. Quels effets ces changements provoquent-ils sur leur développement professionnel perçu ? Nous avons ciblé la compétence comme indicateur de développement professionnel de ces travailleurs. De plus, nous avons choisi de faire passer des entretiens d’autoconfrontation à ces professionnels. L’analyse de ces entretiens a permis de mettre au jour l’apparition de nouvelles compétences.
Mots clés : développement professionnel perçu, entretiens d’auto-confrontation, compétences, changement

Facilitators perceived professional development in an agricultural secondary school integration program

We propose to explore, in an innovative work context, the perceived professional development of professionals working for an association specialized in the recruitment and integration of managers and technicians in the agricultural sector. These professionals were asked to set up a social experiment, i.e., design and implement a training course for students enrolled in an Advanced Agricultural Technician Certificate program. The implementation of this experiment led to a standardization of practices that change the notion of “working together”. The number of collaborative practices and exchanges between workers increased. In this context which disrupted professional routine, we inquire into the adaptability of these workers. What effects did these changes have on how they perceive their professional development? We focused on competence as an indicator of these workers’ professional development. Moreover, we conducted selfconfrontation interviews with these professionals. Analysis of these interviews shed light on the emergence of new forms of competence.
Keywords: perceived professional development, self-confrontation interviews, competence, change

El desarrollo profesional percibido de capacitadores que participan en un dispositivo de inserción profesional en un liceo agrícola

Nos proponemos analizar el desarrollo profesional percibido de capacitadores, empleados de una asociación especializada en el reclutamiento de técnicos en el sector agrícola, a través de una situación innovadora de trabajo. Estos profesionales fueron requeridos para poner en marcha una experimentación social, una formación dirigida a estudiantes de un programa profesional en Tecnología Agrícola. La ejecución de esta experimentación produjo una estandarización de prácticas modificando el “trabajo en equipo”. Las prácticas de tipo colaborativo aparecieron, y los intercambios entre los trabajadores aumentaron. En este contexto particular de ruptura de la rutina profesional, cuestionamos la capacidad de adaptación de los trabajadores. Cuáles son los efectos de esos cambios sobre el  desarrollo profesional percibido? Para responder a esta pregunta, elegimos hacer entrevistas de auto-confrontación a dichos profesionales. A través del análisis de las entrevistas, constatamos que la ejecución de este dispositivo ocasionó la aparición de nuevas competencias. Utilizamos las competencias como indicadores del desarrollo profesional.
Palabras claves: desarrollo profesional percibido, entrevistas de autoconfrontación, competencias, cambio

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Emmanuelle JOUET
Docteur en sciences de l’éducation, rattachée au centre de recherches interuniversitaires Expérience, ressources culturelles, éducation (EXPERIENCE EA3971), chercheur au sein du Laboratoire de recherche en psychiatrie sociale de l’Établissement public de santé mentale Maison Blanche.

Le projet Emilia : inclusion sociale par la formation des personnes vivant avec un trouble psychique

De 2005 à 2010, les participants au projet Emilia ont développé un programme de formation tout au long de la vie et d’accompagnement vers l’emploi dans le milieu ordinaire pour un groupe de personnes vivant avec un trouble psychiatrique. L’étude a analysé les effets sur la qualité de vie des usagers et sur leur utilisation des services sanitaires et sociaux de cette intervention basée sur les notions d’empowerment et de rétablissement. Les résultats suggèrent que les programmes d’insertion professionnelle et sociale des usagers de la psychiatrie devraient prendre en compte leurs compétences et leurs capacités d’autonomisation et de rétablissement. Un programme de formation tout au long de la vie adapté à leurs besoins d’usagers-experts et développant la notion de rétablissement facilite l’accès à l’emploi ordinaire et modifie les conditions de collaboration entre les différentes institutions impliquées.
Mots clés : formation tout au long de la vie, santé mentale, rétablissement, savoir expérientiel, empowerment.

The Emilia Project : social inclusion via training of persons living with a mental health disorder

From 2005 to 2010, the Emilia project developed a lifelong learning and job support program for a group of people living with a psychiatric disorder. Based on the concepts of empowerment and recovery, the study analyzed the effects of this intervention on the quality of the users’ life as well as on their use of health and community services. Results suggest that vocational and social integration programs aimed at users of psychiatric services must take into account their skills and their capacity for recovery and for regaining autonomy. A lifelong learning program suited  to their needs as user-experts and which develops the notion of recovery makes their access to ordinary jobs easier and modifies the way in which the different institutions involved cooperate.
Keywords: lifelong learning, mental health, recovery, experiential learning, empowerment

La formación de personas que presentan trastorno psicológico: un instrumento para la inclusión social 

Del año 2005 hasta el 2010 el Proyecto Emilia ha desarrollado un programa de formación a lo largo de la vida y `de acompañamiento hacia el empleo en el medio habitual para un grupo de personas con enfermedad psiquiátrica. El estudio analizó los efectos de esta intervención basada en las nociones de empowerment y de restablecimiento, sobre la calidad de vida de los usuarios y sobre sus usos de los servicios sanitarios y sociales. Los resultados sugieren que los programas de inserción profesional y social de los usuarios de la psiquiatría deberían evaluar las competencias y las capacidades de autonomía y de restablecimiento de dichos usuarios. Un programa de formación a lo largo de la vida adaptado a sus necesidades de usuario, y que desarrolle la noción de restablecimiento, facilita el acceso al empleo ordinario y modifica las condiciones de colaboración entre las diferentes instituciones implicadas.
Palabras claves: formación a lo largo de la vida, salud mental, reinserción, saber “experiencial”, empowerment.

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n° 32 – note de synthèse :

« Les apprentissages informels dans la formation d’adultes »

Denis Cristol et Anne Muller

revue Savoirs couverture du n° 32Note de synthèse
Denis Cristol et Anne Muller, Les apprentissages informels dans la formation pour adultes 

Articles de recherche
Bernadette Charlier, Apprendre au-delà des frontières : entre nomadismes et mobilités
Denis Lemaître, Christophe Morace et Damien Coadour, Ethos professionnel et professionnalisation : le cas de formateurs occasionnels en entreprise dans le cadre des transferts de technologies.

Comptes-rendus de lecture
Étienne Bourgeois et Marc Durand (dir.) (2012). Apprendre au travail
Jean Frayssinhes (2013). L’apprenant adulte à l’ère du numérique. Ou l’art de développer de nouveaux savoir-faire en situation d’apprentissage contextualisé.
Dominique Groux et Maria Cantisano (2012). Professionnalisation et e-learning
Marie-Christine Noireaud (2013). De Pondichéry à Paris. Parcours de femmes en formation
Jean-Marie Barbier et Joris Thievenaz (Eds.) (2013). Le travail de l’expérience.
Denis Cristol (2011). 50 conseils pour développer l’envie d’apprendre.
Benjamin Saccomanno (2013). La formation professionnelle pour adultes. De l’éducation pour tous à la gestion individuelle des carrières
Vie de la recherche
Les thèses en formation d’adultes

Auteurs dans ce numéro :
Anne MULLER, Denis CRISTOL, Bernardette CHARLIER, Denis LEMAITRE, Christophe MORACE, Damien COADOUR

Editorial

Dans une société à forte mobilité qui met à notre disposition de nombreux médias techniques eux-mêmes évolutifs pour organiser nos vies quotidiennes, les apprentissages informels revêtent une grande actualité. Ce sont en effet eux qui nous aident à nous adapter aux changements inédits auxquels nous nous trouvons sans cesse confrontés. Aussi ces apprentis- sages sont-ils appelés à prendre une importance déterminante au regard des apprentissages institués qu’ils entendent relayer et parfois supplanter. Leur actualité est renforcée par l’allongement spectaculaire de l’existence, spécialement dans nos sociétés postmodernes, impliquant de prolonger nos adaptations informelles sur le long terme de six à sept décennies de notre vie d’adulte, à l’issue des apprentissages institués. De tels apprentissages informels qui deviennent donc de plus en plus stratégiques pour nos existences, Denis Cristol et Anne Muller nous les font découvrir ici à travers une recension critique de la littérature scientifique qui leur est consacrée dans cette Note de synthèse intitulée « Les apprentissages informels dans la formation pour adultes », qui organise le n° 32 de Savoirs.

Certes, d’une certaine façon, les apprentissages informels ont toujours existé, et chercher à signifier leur importance relève du truisme. On apprend toujours sur le tas ou de son expérience. Mais hier ces apprentissages étaient invisibles et discrets ; aujourd’hui ils se font manifestes et tapageurs, tant dans le souci de maîtrise d’un nouveau logiciel informatique que dans la familiarisation avec de nouvelles normes administratives pour sa déclaration d’impôts ou encore dans la sensibilisation au fonctionnement d’un objet technique que l’on vient d’acquérir. Ce que les psychologues appelaient autrefois apprentissage incident et que l’on dénomme aujourd’hui informel, au niveau de la vie quotidienne, a donné lieu au cours des dernières décennies à des tentatives de théorisation qu’il s’agit d’inventorier d’un point de vue critique pour stabiliser une notion, celle d’apprentissages informels, dont les deux auteurs de la Note relèvent qu’elle est complexe, floue et instable. Le flou et l’instabilité de la notion sont associés à la diversité des terrains qui s’en recommandent et à l’hétérogénéité des définitions qu’elle a suscitées. La Note de synthèse s’efforce donc de faire un état des lieux identifiant des savoirs informels à partir de la recension des écrits produits ; en lien avec cet état des lieux, elle cherche à retracer les étapes historiques au cours desquelles ces apprentissages informels se sont progressivement imposés. À partir de cette double revue des usages actuels et des évolutions historiques par lesquelles sont passés les apprentissages informels, Denis Cristol et Anne Muller en arrivent à proposer comme principale clé de compréhension susceptible de les légitimer, la notion d’hybridation, fixant ainsi la signification de ces apprentissages, au regard de leurs situations d’emploi sur un continuum entre formel, non formel et informel ; c’est cette hybridation qui confère un positionnement épistémologique bâtard aux apprentissages informels. Malgré une tentative ici proposée de classification de tels apprentissages informels en fonction de leur champ d’opérationnalisation, l’hybridation ne saurait être effacée ; elle constitue un marquage essentiel et c’est là l’un des enjeux auxquels se trouve confronté le recours aux apprentissages informels, ce qui implique d’avoir soin de bien spécifier les terrains privilégiés sur lesquels ils se déploient aujourd’hui sans usurper leur nom afin de ne pas rajouter de l’ambiguïté à l’hybridation.

Cette note de synthèse sur les savoirs informels est opportunément prolongée par un article de Bernadette Charlier, « Apprendre au-delà des frontières : entre nomadismes et mobilités ». Cet article cherche à comprendre les transformations intervenues dans les apprentissages adultes lorsque ceux-ci se situent au-delà des frontières imaginaires qui structurent la représentation de tels apprentissages ; lesdites frontières sont établies à partir des modes d’appréhension académiques des apprentissages et des lieux institués dans lesquels se déploient ces modes d’appréhension : comment donc, au-delà de ces frontières, les adultes vivent-elles/ils aujourd’hui leurs apprentissages et dans quelle mesure leurs environnements personnels d’apprentissage (EPA) sont-ils médiateurs d’une telle expérience d’apprentissage ? Pour répondre à ces questions, l’auteur part de l’hypothèse que les EPA constituent une source essentielle de données pour étudier l’apprentissage au-delà des frontières imaginaires qui les représentent. Un deuxième article illustre à sa manière, mais du point de vue des formateurs, la question des apprentis- sages informels et ce qui se passe dans cet au-delà des frontières imaginaires. Dans « Ethos professionnel et professionnalisation, le cas des formateurs occasionnels en entreprise dans le cadre de transferts technologiques », les auteurs, Denis Lemaître, Christophe Morace et Damien Coadour s’intéressent aux ingénieurs et techniciens d’une grande entreprise transformés en formateurs occasionnels pour leurs clients qu’il s’agit d’initier à la maîtrise technique des systèmes vendus. Pour se professionnaliser sur le tas comme formateurs et affronter les dilemmes liés à leur activité occasionnelle, ces ingénieurs-formateurs sont amenés à se forger sur le terrain de la formation un ethos professionnel. À partir de l’enquête que les auteurs ont réalisée auprès d’eux, trois formes d’ethos professionnel sont mises en évidence, le formateur aventurier et virtuose, le formateur par vocation pédagogique, le formateur expert technique. Cette approche singulière jette un éclairage original sur le processus de professionnalisation en entreprise.

Jean-Pierre Boutinet

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Articles de recherche

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Bernadette Harlier
Professeure à l’Université de Fribourg, Suisse

Apprendre au-delà des frontières : entre nomadismes et mobilités

Par la médiation des personnes et des technologies, les fron- tières imaginaires structurant les représentations des apprentissages dans, hors et après la formation se trouvent aujourd’hui profondément transfor- mées. La visée de cet article est de proposer une voie pour décrire, analy- ser et comprendre ces transformations. Prenant appui sur une perspective socioculturelle et médiationnelle reconnaissant les médiateurs de diverses natures (langage, médias, personnes, etc.) dans le processus d’apprentissage, il s’agit de proposer un cadre théorique permettant d’aborder les questions suivantes : « Comment les adultes vivent-elles/ils leurs apprentissages à tra- vers les lieux (reconnus comme éducatifs ou non) et le temps ? » ; « Dans quelle mesure leurs environnements personnels d’apprentissage (EPA) sont- ils médiateurs de cette expérience ? ».
Mots clés : apprentissage au-delà des frontières, expérience d’apprentis- sage, environnement personnel d’apprentissage, théories de l’activité

Learning beyond borders : between nomadism and mobility

Through the mediation of persons and technologies, the imagined borders that structure people’s beliefs about learning in, outside and after training are undergoing a radical transformation. The purpose of this article is to suggest a way to describe, analyze and understand these transformations. Based on a sociocultural and mediational perspective recognizing various types of mediators (language, media, persons, etc.) in the learning process, a theoretical framework is proposed to try and clarify the following research questions: “How do adults experience learning across places (edu- cational or not) and over time?”; “To what extent do their personal learning environments (PLE) mediate these learning experiences?”.
Keywords : learning beyond borders, learning experience, personal lear- ning environments, activity theories

Aprender más allá de las fronteras : entre nomadismo y movilidad

Dada la mediación de personas y las tecnologías, las fronte- ras imaginarias que estructuran las representaciones de los aprendizajes den- tro, fuera y después de la formación se encuentran profundamente trans- formadas hoy en día. El objetivo de este artículo es proponer un camino para describir, analizar y comprender estos cambios. Apoyándose sobre una perspectiva socio-cultural y mediacional que reconoce los mediadores de diversa índole (el lenguaje, los medios de comunicación, personas, etc.) que participan en el proceso de aprendizaje, se trata de proponer un marco teórico para abordar las siguientes preguntas : “¿Como los adultos viven suaprendizajea través de los lugares (reconocidos como educativos o no) y el tiempo?”; “¿Cómo conciben y utilizan su entorno de aprendizaje, y en qué medida estos entornos son mediadores de esta experiencia?”
Palabras claves : aprendizaje más allá de las fronteras, experiencia de aprendizaje, entornos del aprendizaje, teorías de la actividad

Denis Lemaître, Christophe Morace, Damien Coadour
Enseignant chercheur HDR, École nationale supérieure de techniques avancées de Bretagne
Enseignant Chercheur, École nationale supérieure de techniques avancées de Bretagne
Doctorant en Sciences de l’éducation, enseignant à École nationale supérieure de techniques avancées de Bretagne

Ethos professionnel et professionnalisation : le cas de formateurs occasionnels en entreprise dans le cadre des transferts de technologies

De plus en plus les grandes entreprises industrielles sont contraintes, lorsqu’elles vendent leurs systèmes, de former leurs clients à la maîtrise technique. Elles choisissent occasionnellement parmi leurs ingénieurs et techniciens des formateurs chargés d’assurer ce service. Pour se professionnaliser comme formateurs et affronter les dilemmes liés à leur activité, ceux-ci se forgent un ethos professionnel, fruit de leur personnalité, de leurs stratégies et des contraintes professionnelles rencontrées. L’enquête menée auprès de formateurs d’un grand groupe industriel permet d’identifier trois formes d’ethos différentes, celle du formateur aventurier et virtuose, celle du formateur par vocation et celle de l’expert technique. Elle éclaire par ce biais singulier le processus de professionnalisation des formateurs en entreprise.

Professional ethos and professional training : the case of company trainers

When large industrial companies sell their systems, they are increasingly obliged to provide their clients with technical training. Occasionally, in-house engineers and technicians are selected to provide this training service. In order to develop their training skills and deal with the dilemmas associated with their activity, they forge a professional ethos, based on a combination of their personality, their strategies, and the professional constraints they are faced with. A study of trainers from a large industrial group identified three different types of ethos: the virtuoso-adventurer trainer, the trainer with a vocation, and the technical expert. This unique approach provides insights into the professionalization process of company trainers.

Ethos profesional y profesionalización : el caso de formadores en el caso de empresas especializadas en la transferencia de tecnologías

Las grandes empresas industriales se ven, cada vez más, forzadas a formar a sus clientes en cuanto a habilidades técnicas al vender sus sistemas. Estas eligen ocasionalmente a sus formadores entre sus ingenieros y técnicos con el fin realizar dichas capacitaciones. Para profesionalizarse como formadores y afrontar los dilemas ligados a su actividad, éstos se forjan un ethos profesional, fruto de su personalidad, de sus estrategias y limitaciones profesionales encontradas. La encuesta llevada a cabo entre los formadores de un gran grupo industrial permite identificar tres formas de ethos diferentes: la del formador aventurero y virtuoso, la del formador por vocación y la del experto técnico. La encuesta aclara por esta vía singular el proceso de profesionalización de los formadores en una empresa.

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n° 33 :  Numéro anniversaire

« Dix ans de recherches en formation des adultes : 2003-2013 »

revue Savoirs couverture du n° 33Table des matières
Philippe Carré, Éditorial
Jean-Marie Barbier, Un nouvel enjeu pour la recherche en formation : entrer par l’activité
Françoise Laot, Dix ans de thèses en formation d’adultes
Christian Batal et Solveig Fernagu-Oudet, Les compétences, un folk concept en difficulté ?
Philippe Carré, La recherche sur l’autoformation : évolutions et perspectives (2003-2013)
Denis Cristol, La pédagogie des adultes, objet de recherche ?
Jean-Pierre Boutinet, Enjeux et perspectives autour de l’éducation thérapeutique du patient
Jean-Michel Baudouin & Cédric Frétigné, La question des épreuves et la recherche en formation d’adultes : quelques éléments prospectifs
Claudie Solar & Marie Thériault, De la recherche en éducation des adultes dans la francophonie canadienne
Andréas Fejes & Catherine Nicoll, Perspectives internationales de la recherche en éducation et formation des adultes

 

Auteurs dans ce numéro :
Philippe CARRÉ, Jean-Marie BARBIER, Françoise LAOT, Christian BATAL, Solveig FERNAGU-OUDET, Jean-Michel BAUDOUIN, Cédric FRÉTIGNÉ, Denis CRISTOL, Claudie SOLAR, Marie THÉRIAULT, Andréas FEJES, Catherine NICOLI, Jean-Pierre BOUTINET

Éditorial

À l’orée des années 2000, dans le cadre de l’équipe de recherche fondée et animée par Jacky Beillerot à l’Université Paris Ouest à Nanterre, de fréquentes discussions avec notre regretté collègue et ami et Gérard Jean-Montcler nous ont rapidement menés à concevoir le projet de la revue Savoirs. Partant du constat de l’absence de revue francophone scientifique de standard international dans le paysage de l’éducation et de la formation des adultes, nous formions le vœu qu’elle s’installe rapidement comme publication de référence du domaine. Il faut, à l’occasion du dixième anniversaire de Savoirs, saluer la mémoire et le rôle du grand entrepreneur de l’éducation permanente que fut Jacky, une nouvelle fois à cette occasion, après qu’il eût fondé la Biennale de l’éducation dix ans auparavant. Il serait, certainement, heureux et fier de constater aujourd’hui que le projet éditorial initialement conçu a porté ses fruits.

À raison de trois numéros par an et deux numéros hors-série, une note de synthèse et plusieurs articles de recherche par livraison, en deçà des ru-briques « vie de la recherche » et « comptes rendus de lecture », ce sont au total trente-trois notes de synthèse et quatre-vingt-deux articles de recherche qui auront été produits, entre 2003 et 2013, dans des conditions d’évaluation dignes des plus prestigieuses revues internationales du domaine.
À titre d’illustration, rappelons qu’avant d’être accepté pour publication dans notre revue, un article de recherche est présenté en version anonyme afin d’être orienté vers trois lecteurs par le comité éditorial. En se chargeant de cette première orientation collectivement, le comité offre aux lecteurs une garantie supplémentaire d’impartialité dans l’évaluation finale du travail de recherche soumis. Rappelons également que la revue Savoirs ne perçoit aucune forme de subvention, et ne se développe que grâce aux revenus de ses ventes en ligne, des manifestations qu’elle organise et… de l’énergie de ses animateurs. De tels principes d’éthique scientifique et d’indépendance éditoriale et institutionnelle autorisent la revue à garantir les conditions de qualité que la communauté professionnelle et universitaire de la formation des adultes francophone est en droit d’attendre.

Le numéro anniversaire que l’on va lire est le produit d’une collaboration régulière, tout au long de ces dix années, entre plusieurs des animateurs de la revue. On a cherché à y dresser si ce n’est un bilan, du moins un état de la recherche sur plusieurs objets essentiels du milieu des « sciences de la formation » en émergence. Certains sont déjà bien établis mais en constante évolution, comme le thème de la compétence, ici décrit comme « un folk concept en difficulté » sous la plume de C. Batal et S. Oudet (avec les contributions de nombreux experts de la question complexe qu’il recouvre). Objet classique et pourtant peu traité au plan scientifique, la pédagogie des adultes est ici interrogée dans son statut d’objet de recherche par D. Cristol, tandis que le thème de l’autoformation, en expansion régulière malgré (ou grâce à) ses ambiguïtés conceptuelles, est analysé par P. Carré. D’autres notions plus récentes dans l’univers de la recherche en formation sont examinées dans leurs progressions et devenirs à la lumière de ces dix années de productions scientifiques : l’essor de « l’entrée par l’activité » est traité par J.-M. Barbier comme un « nouvel enjeu pour la recherche », tandis que J.-P. Boutinet aborde la question de l’éducation thérapeutique du patient, aux interfaces de la formation et de la santé. C. Frétigné et J.-M. Baudouin proposent, avec le thème de « l’épreuve », quelques éléments prospectifs sur cet objet émergent de la littérature des sciences sociales à l’aune de leurs apports à la formation des adultes. Enfin, trois articles de portée plus générale donnent à cet ensemble un relief que l’examen ponctuel de thématiques particulières n’autorise pas. F. Laot, à travers la poursuite et la synthèse de son travail régulier sur la production doctorale en formation d’adultes, livre ici un examen rigoureux et adossé aux données soigneusement accumulées sur « dix ans de thèses en formation d’adultes », tandis que C. Solar nous fournit, avec M. Thériault, un panorama de la recherche de notre domaine en francophonie canadienne. Le numéro est parachevé par un article « invité » par les membres de la rédaction de la revue Savoirs, qui nous ouvre sur des visions « venues d’ailleurs », sans lesquelles le risque est, dans nos micromilieux souvent dominés par les intérêts locaux, de rester myopes sur les évolutions d’autres pays, les spécificités culturelles et les variations épistémologiques transnationales de la recherche. Cet article de A. Fejes et C. Nicoll, issu de la revue RELA et traduit par les soins de F. Laot nous ouvre à des « perspectives internationales » de la recherche en formation des adultes éclairantes, parce que précisément bien différentes des nôtres.

Pour conclure, rappelons que pour célébrer la sortie du n° 1 de la revue, nous organisions avec nos partenaires une journée d’études en octobre 2003 sous le titre La recherche en formation des adultes aujourd’hui : des savoirs pour l’action. Gageons que ce dixième anniversaire et le volume qui le célèbre nourriront de fertiles rencontres scientifiques, universitaires et professionnelles autour des enjeux de la recherche pour le progrès humain, social et économique dont la formation est un ingrédient certes partiel et fragile, en pleine transformation culturelle, pédagogique et technique, mais dont la contribution n’est plus discutable aujourd’hui.

Philippe Carré