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Hors-série 2007
Engagement en formation et rapport au travail

Hors série 2007

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des articles

Éditorial
Articles de recherche
Jacques Aubret, Nicole Demouge – Orientation des adultes et formation tout au long de la vie
Coralie Perez – Emplois précaires et formation continue
Magali Crochard – Contribution à l’étude des liens entre engagement en formation et rapport au travail
Mireille Prestini-Christophe – La décision de la personne adulte à entrer en formation dans le secteur social
Gilles Pinte, Roseline Le Squère – De la flexibilité à la sécurisation des parcours professionnels : l’outil VAE et les intérimaires
Recommandations aux auteurs des articles

Engagement en formation et rapport au travail

L’engagement en formation professionnelle des demandeurs d’emploi, des jeunes et des salariés les moins qualifiés, nécessite tout un éventail de conditions qui leur fait précisément défaut de par leur appartenance sociale. Régulièrement des discours sur l’absence de motivation (appétence pour certains !) des moins qualifiés viennent justifier l’absence de travaux d’investigation sur les mécanismes d’engagement et de désengagement dans les programmes et dispositifs de formation professionnelle dédiés à ces publics.

Ce numéro spécial, destiné à accompagner la réflexion des ateliers de l’Afpa, sur le thème du lien entre sécurisation des parcours et compétitivité, a voulu insister sur une meilleure compréhension des conditions d’optimisation de l’usage de la formation dans les trajectoires des moins qualifiés. Il s’agit de mieux cerner ce qui fait obstacle à l’engagement en formation ou ce qui le ­favorise.

Les contributions retenues abordent, sous des angles différents, cette question qui peut se résumer au lien difficile entre engagement en formation et rapport au travail pour les personnes en situation fragile sur le marché du travail.

Profils personnels et contextes d’emploi
Dans la compréhension des conditions de réussite des parcours d’insertion ou de retour à l’emploi, il faut parvenir à un équilibre entre l’analyse des situations personnelles et la prise en compte du contexte économique et social. Une trop forte attention sur les caractéristiques personnelles peut déformer la compréhension du type d’instrumentation à mettre en place dans le champ de l’accompagnement des mobilités. La distinction entre emploi et travail est notamment importante de par le développement des statuts précaires. Ceux-ci brouillent le sens du projet professionnel et tendent à occulter les acquis et les compétences des personnes dans une société où les modèles de l’école et de l’ancienneté dans le même emploi ont longtemps été les seuls fondements d’objectivation des savoirs professionnels. Or, dans les expériences cumulées d’emplois de courte durée, il y a des processus d’amputation des savoirs (sous-professionnalisation) mais aussi de construction de compétences. Encore faut-il être outillé pour les analyser mais également pour traduire ces processus en termes compréhensibles et acceptables pour les acteurs de l’emploi et les entreprises. Le rapport entre l’emploi précaire et l’usage de la formation n’est pas unilatéral, il est complexe et nécessite des éclairages différents.

Les contributions et les recherches de ce numéro de Savoirs s’inscrivent dans cette pluralité de questions où se conjuguent les comportements des personnes face à l’injonction de l’entrée en formation (Aubret/Demouge) et les éclairages fournis par l’exploitation des données statistiques (Perez).
L’usage de la formation liée aux trajectoires professionnelles réinterroge les difficultés de la (re)construction identitaire fondée sur un projet professionnel (Prestini-Christophe) ou le rapport au travail (Crochard). C’est cette dimension qui donne sens à l’engagement en formation comme anticipation de son parcours de vie. Pour les populations qui sont plutôt en déstabilisation identitaire ou en auto-dépréciation, l’intérêt de se former dépend d’abord d’opportunités professionnelles attractives et de la conscience de celles-ci. Sous cet angle le fait d’être salarié, en première insertion ou au chômage de longue durée n’est pas neutre. L’éloignement du travail accentue tous les mécanismes d’auto-dévalorisation et réduit le champ des perspectives, ce qui diminue d’autant les facteurs motivationnels et d’implication. Mais cette approche est encore trop généraliste car les systèmes de formation n’ont pas tous les mêmes effets : les contenus et les pratiques mises en œuvre peuvent accentuer les décrochages ou, au contraire, réamorcer des processus de confiance en soi et d’ouverture. Ce champ nécessite donc d’être investigué notamment en analysant les démarches d’accompagnement et de reconnaissance comme la VAE (Pinte). 

Des objectifs concrets
Au-delà de ces éclairages qui doivent être prolongés, le chantier de la sécurisation professionnelle réinterroge l’organisation et l’articulation des fonctions utiles à un tel objectif à la fois social et économique. D’une façon pragmatique, il faut pouvoir garantir sur un territoire donné l’accès à l’éventail des services utiles aux mobilités professionnelles au-delà des domaines professionnels dominants localement. Cette instrumentation possède une symbolique forte qui consiste à indiquer aux publics prioritaires qu’ils bénéficient de la meilleure qualité de services possible y compris en termes de locaux, de professionnalisme des personnels administratifs ou d’accueil, de services associés (centres ressources, ateliers pédagogiques personnalisés, appui individualisé, réseaux d’entreprises, etc.). La multiplication de programmes, de sous-dispositifs, ou de mesures spécifiques, focalisés sur l’accès à la formation comme « remède en soi » a rendu impossible l’organisation d’un système rationnel d’ensemble dédié aux moins qualifiés. Les fonctions qui garantissent la pertinence sociale et économique de l’engagement en formation ont été atrophiées au profit de mécanismes de remplissage de stages standardisés.

Ne faut-il pas inverser les logiques de prise en charge des populations en difficulté sur le marché du travail ? Jusqu’à présent, celles-ci se sont souvent trop focalisées sur leurs lacunes et non sur leurs aptitudes et potentiels. N’est-il pas nécessaire de proposer rapidement des prestations complètes permettant d’enclencher des processus d’engagement de retour à l’emploi fondés sur des éléments concrets d’auto-évaluation et d’apports formatifs ciblés ? De telles démarches devraient aujourd’hui se déployer autour d’une série de prestations qui doivent combiner trois éléments forts :
- démontrer à ces publics qu’ils possèdent des savoirs, des acquis et des potentiels à travers des exercices pratiques concrets dont la transférabilité professionnelle est patente (vérifiable par des employeurs) ;
- identifier les zones de développement de ces publics afin de négocier avec elles des objectifs de progression leur permettant de renforcer leur employa­bilité y compris par l’acquisition d’une formation qualifiante ;
- permettre d’établir des liens organisés avec des réseaux d’entreprises ou de tutorat d’entreprise, des associations d’insertion par le travail ou des entreprises de travail temporaire.

Il est possible d’expérimenter dans ce champ en s’appuyant sur des partenariats avec les entreprises de travail temporaire, les officines de placement fondées sur le profilage et les structures qui travaillent sur le recrutement par les habiletés ou autres démarches fondées sur les compétences-clef. Le mérite de toutes ces démarches est qu’elles contribuent à redonner confiance aux individus en eux-mêmes (ce qui est une clef de l’engagement en formation). Aujourd’hui on oppose les méthodes de retour rapide à l’emploi et l’engagement en formation qualifiante alors qu’il faut mutualiser ces démarches dans une logique de parcours sécurisé.

Paul Santelmann
Responsable de la prospective à l’Afpa

Auteurs dans ce numéro : Jacques Aubret, Magali Crochard, Nicole Demouge, Roseline Le Squère, Coralie Perez, Gilles Pinte, Mireille Prestini-Christophe.